Et voici la nouvelleuuuh !
Pas très gai non plus, mais plus longue, je m'entraîne à tenir la longueur ?
Est-ce que je la tiens ?C'est l'histoire d'une jeune fille qui vivait dans une campagne reculée d'Angleterre. Elle allait au lycée, tous les jours, et revenait le soir chez elle pour aider sa mère. Un jour, le professeur présenta à la petite classe un nouvel élève, un beau jeune homme, avenant et charmeur. Toutes les filles de l'assemblée s'entichèrent immédiatement de lui. Il avait donc un large éventail de choix, mais sa préférée restait cette jeune fille. Ils se fréquentèrent jusqu'à l'université, où leurs chemins se séparèrent. Henry, le jeune homme, voulu la demander en mariage mais la mère d'Alice, la jeune fille, s'y opposa, car elle pensait qu'il ne gagnerait pas assez d'argent. Cela n'était pas sans rapport avec le fait que Henry désirait devenir écrivain. Alice en voulu beaucoup à sa mère.
Par la suite, les deux amants s'écrivirent des lettres passionnées. Ils ne cessèrent de s'aimer pendant de longues années, jusqu'au jour où Alice envoya ce billet :
Henry,
Ma mère est décédée ce matin même, la vieillesse ayant eu raison d'elle, et j'ai donc pris l'initiative de vous écrire immédiatement. Ma chère mère s'opposait à notre mariage : aujourd'hui, elle n'est plus. Aussi, je vous propose de nous retrouver dans trois jours, quand ma période de deuil sera terminée. J'espère de tout mon coeur que vous consentirez encore à ce que nous nous marions et cela, le plus vite possible. Je ne saurais attendre.
Avec tout mon amour,
Alice S.
Henry lui répondit aussitôt et lui expliqua que jamais il n'avait renoncé à leurs fiançailles.
Les retrouvailles des deux amants furent mouvementées et pleines d'émotions. Ils planifièrent leur mariage pour le samedi suivant.
Ledit jour arriva très vite. Alice était magnifique, vêtue d'une simple robe immaculée, ses long cheveux blonds natés dans une coiffure compliquée mais ravissante au plus haut point, ses beaux yeux bleus mis en valeur par un maquillage perfectionné. Henry, quant à lui, était d'une élégance rare dans son complet noir. La cérémonie privée allait bientôt commencer quand Alice prit son futur mari par le bras pour l'emmener à l'écart.
- Henry, avant que nous nous épousions, il y a quelque chose que j'aimerais vous avouez...
- Parlez, mais vite, je vous prie !
- C'est que cette chose est mal, mais il faut que vous sachiez que je ne la regrette pas le moins du monde. Pensez-vous que vous pourrez me pardonner ?
- Mais c'est que je pardonne tout à vos yeux immenses ! Et je serais encore plus enclin à vous pardonnez une fois que je vous aurais passé la bague au doigt !
- Chaque chose en son temps... Il faut d'abord que je vous explique cette chose affreuse pourtant, mais qui, aujourd'hui, permet notre bonheur !
- Mon Dieu, puisque c'est si important, racontez-moi tout !
- Eh bien, voyez-vous... cela concerne feu ma mère. Elle... elle n'est pas morte de vieillesse, comme je vous l'ai laisser entendre, lâcha Alice d'un trait.
Après un instant de réflexion, Henry demanda, méfiant :
- Comment est-elle morte, alors ?
- Je devais, ce jour-là, lui apporter ses médicaments... je lui est administré une haute dose... une dose mortelle...
- Oh... mais, ce n'était qu'un accident !
C'était une question déguisée en affirmation. Alice soupira de dépit. Fallait-il qu'elle soit encore plus claire ?
- Non, ce n'était pas un accident... Je l'ai tuée pour que nous puissions nous unir !
Après un silence long et pesant durant lequel Alice n'osa pas lever les yeux vers son fiancé, ce dernier déclara d'une voix mal assurée :
- Je... je crois que... que le mieux est de repousser ce mariage... je crois que tout est aller trop vite, je...
Il tourna les talons et s'en alla sans finir sa phrase. Alice resta seule avec ses pensées. Elle ne comprenait pas comment elle avait put faire tout ça pour... pour un homme ! Cependant, une petite voix en elle lui susurrait qu'il allait revenir chez eux. Elle rentra donc, mais Henry n'était pas là. Elle se coucha, épuisée, après des heures passées à se torturer l'esprit et à touner en rond dans leur petit appartement. Elle dormi toute habillée dans sa robe blanche, sans se décoiffer. Le lendemain matin, son fiancé n'était pas là. Mais il était venu dans la nuit. Un petit mot, plié en quatre à côté d'un couteau sur la table de la cuisine témoignait de son passage.
Ma pauvre amie, vous voilà devenue bien folle. J'ai pris mes affaires, vous ne me verrez plus jamais, car vous me dégoûtez au plus haut point. Je ne désire aucunement passer ma vie puis mourir aux côtés d'un monstre aux yeux immenses. Donc adieu, même si je doute fortement de vous retrouver au Paradis...
Henry.
Alice se liquéfiait littéralement au fur et à mesure qu'elle parcourait les lignes, qu'elle relut plusieurs fois, comme pour être bien sûre. Puis elle chiffonna le papier dans son poing, un rictus de haine sur le visage. Avalant sa salive avec difficulté, elle saisit le couteau de cuisine qui était sur la table et se le planta dans le coeur en hurlant de rage. Son beau et si jeune visage était méconnaissable. Le sang coulait en cascade sur sa robe, qui passait progressivement du blanc le plus pur au rouge le plus répugnant. Un coeur ne me sert plus à rien, pensait-elle, maintenant qu'il est parti.
Il était parti malgré tout ce qu'elle avait fait pour qu'ils soient réunis. Elle regrettait de lui avoir dit qu'elle avait assassinée sa mère, mais... elle ne regrettait pas son geste, même si, finalement, il n'avait servit à rien.
Elle tourna le couteau et d'un geste brusque le retira, s'arrachant le coeur dans une explosion de sang. Elle souffrait énormément, mais la douleur physique n'était rien à côté de la douleur morale.
Peut-être est-ce pour cela qu'elle ne mourut pas, ou peut-être est-ce pour une autre raison que nous ne connaîtrons certainement jamais. Quoi qu'il en soit, Alice Shaffton survit, un trou béant dans la poitrine, pendant des semaines, des mois, des années, des siècles entiers durant lesquels elle conserva une apparence de jeune fille. Un matin, elle se leva, une pensée en tête. Et pour la première fois de sa longue existence, elle formula cette pensée : "C'est de ma faute, si je n'avais pas tuée ma mère, je n'en serait pas là..." Et pour la première fois, elle regretta ce qu'elle avait fait. Enfin, elle se sentit presque soulagée, et elle ferma les yeux. Elle s'écroula, bel et bien morte, une larme de sang coulant sur sa joue glacée. Son visage était serein, toujours aussi beau qu'aux premiers jours de son amour avec Henry.